Les eaux étaient paisibles, la mer s'était calmée maintenant, après le terrible orage qu'il avait dû affronter la nuit dernière... Il n'aimait pas ça, mais il avait été obligé de se cacher dans la maison, ou il se serait fait emporter par le vent ! Dès qu'il retournait à la civilisation, il se sentait mal. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il restait la plupart du temps près de la plage; il aimait particulièrement dormir sur le sable, les yeux rivés sur les étoiles. Cet endroit était cher à son c½ur...
Debout devant l'océan, il laissa les vagues lécher ses pieds, un frisson frais et vivifiant le submergea. Il appréciait plus que tout d'être ici, loin du monde, loin de la souffrance. Il contemplait l'horizon, lorsque apparu une forme indistincte du côté sud, au milieu des remouds écumeux... Puis plus rien. Il scruta les vagues un long moment et alors qu'il s'apprêtait tourner les talons, il vit un étrange amas rouge orangé à la surface de l'eau. Il avança le long de la plage et vit qu'une femme venait de s'y échouer... Allongée sur le dos, il remarqua qu'elle n'avait plus de chaussures, l'une des bretelles de sa robe s'était décousue et sur son épaule nue, reposait une épaisse natte. Pas de doute, c'était bien la femme qu'il aimait. Elle avait trouvé le chemin jusqu'à lui.
Une pression sur sa bouche et son esprit heurta son corps avec ce qui lui sembla, une douleur fulgurante. Une merveilleuse bouffée d'oxygène libéra ses poumons de l'eau salée qui les encombraient. Elle suffoqua quelques instants avant de se tourner sur le côté en toussant bruyamment. Penché au dessus d'elle, elle n'eut d'autre choix que de le regarder droit dans les yeux. Elle poussa un cri et s'enfuit en chancelant. Il la suivit du regard sans rien dire, il connaissait parfaitement l'île et elle serait forcée de revenir vers lui à un moment ou à un autre. À peine quelques mètres plus loin, elle se retrouva en effet devant l'évidence: la falaise se dressait devant elle et l'empêchait de continuer. Elle leva les yeux vers le sommet, la main sur le front pour ne pas être éblouie par le soleil. Le bruit assourdissant d'une vague se fracassant sur les rochers la fit sursauter, et trébuchant sur un gros coquillage, elle tomba lourdement sur les fesses. À quatre pattes, elle essaya d'atteindre les abords de la jungle mais la fatigue, la chaleur et la faim eurent raison d'elle. Pendant un temps qui lui sembla interminable, elle tituba sur la plage avant de s'évanouir.